9 de coupes : le double visage du bonheur

Publié le par Jyoti

Jambes écartées et pieds fermement plantés sur le sol, bien nourri, sourire aux lèvres, entouré du mur de 9 coupes, l'homme qui représente cet arcane dégage un sentiment indubitable de satisfaction et de sécurité.

Et de fait, il a toutes les raisons de penser que la vie lui sourit : il a atteint la fin d'un cycle en ayant réalisé tous ses désirs, son embonpoint et l'or des coupes au-dessus de sa tête attestent de sa réussite matérielle. Il est heureux.

Mais son bonheur est-il sans mélange ? Est-il gravé dans le marbre comme il semble le penser ou éphémère, si ce n'est illusoire ?

Cette lame est placée sous l'égide de la sephira Yesod, la lumière astrale qui à la fois active les énergies cycliques sous-jacentes à la matière, mais aussi projette les images fluctuantes, positives comme négatives, que nous solidifions pour en faire notre réalité. Elle est également régie par la Lune, océan mouvant de la conscience et de l'inconscient. L'air de Yesod souffle sur l'eau de la Lune pour donner un paysage en perpétuel changement, à la limite de l'insaisissable.

Et pourtant le personnage est figé dans son contentement. Il lui a fallu faire des efforts pour acquérir ses coupes et les hisser au-dessus de lui. Il compte bien en jouir sans modération et pour longtemps. Il n'a d'ailleurs même plus besoin de les regarder. Convaincu qu'elles sont inamovibles, il les prend pour argent comptant.

Pourtant que cache la tenture sur laquelle elles reposent ? Un mur - une vie - bâti patiemment dont elles sont le couronnement ? Un espace fourre-tout où il a entassé tout ce à quoi il a dû renoncer pour se sentir à ce point rassuré ? Un simple coup de vent pourrait réduire à néant ses efforts et exposer la fragilité de l'édifice.

Cette lame nous parle à un double niveau : si nous méritons de nous réjouir et de jouir des bonheurs que nous apportent la vie et nos efforts, nous devons aussi prendre garde à ne pas nous laisser enfermer dans le confort rassurant des remparts affectifs que nous construisons.

Nous les voulons indestructibles et éternels mais la position en lemniscate des bras du personnage, qui bloque le cakra du cœur, à la fois nous rappelle la nature cyclique et mouvante de notre condition qui interdit d'exaucer ce souhait et le danger de bloquer le rayonnement de l'énergie vibrante qui fait de nous des êtres en évolution permanente.

Le 9 (« n-œuf ») ramène au 1 en tant que nouveau départ. Cette lame nous tient un discours en forme de mise en garde : profitons à juste titre du bonheur présent, mais soyons conscients que son visage pourra se rider et se transformer et ne tombons pas dans le piège d'en faire un prétexte au refus des changements nécessaires.

Le bonheur ne doit pas se vivre comme un rempart érigé avec les émotions et les sentiments qui nous lient à autrui ou à une idée préconçue de la réussite.  Il faut être prêt à en accepter la nature fluide et éphémère pour mieux le savourer lorsqu'il entre dans notre vie.

 

Ressources:
- Robert Wang, The Qabalistic Tarot, A textbook of mystical philosophy, Marcus Aurelius Press.

Publié dans Tarot

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