Karma (1)

Publié le par Jyoti

Karma (1)

« J’ai un bon karma », « il a un mauvais karma », « c’est mon karma ». Qui n’a pas prononcé ces mots à un moment ou à un autre ? Comme zen, comme om, ce terme sorti de son contexte linguistique et philosophique voit son sens s’appauvrir.

Commençons par le commencement : karma est la forme déclinée au nominatif du mot sanscrit karman (dérivé de la racine KṚ, « faire »), qui signifie « œuvre, action, travail ».

La condition humaine est cadrée par trois limitations : finitude, illusion et action. Des trois, seule l’action relève entièrement de notre responsabilité. L’homme ne peut pas ne pas agir. Le fœtus lui-même agit quand il change de position dans le ventre de sa mère. L’absence d’action est en elle-même une action découlant de la décision de ne pas agir.

Les actions sont la matérialisation des décisions que nous prenons en permanence. Plus la décision est importante, plus la ou les actions qui en découlent ont de poids. Mais même les actions liées à des décisions mineures, y compris celles devenues des habitudes, ne sont pas neutres.

En effet, toutes les actions ont des conséquences positives et négatives de degré variable. Ces conséquences entraînent elles-mêmes des décisions et des actions de notre part et de la part des personnes qu’elles impactent en un jeu de ricochet géant dont les ondes se propagent à l’infini.

Par ailleurs, les actions laissent une trace infime, mais bien présente, chez la personne qui les accomplit. Telles des sédiments, ces traces s’accumulent dans les profondeurs de notre esprit, où elles influent « en sourdine » sur nos décisions et donc nos actions, etc., etc.

Les actions aux conséquences positives relèvent de la catégorie morale générale « ne pas nuire », mais aussi de la quête spirituelle, du respect des règles, de l’accomplissement de son devoir. Les actions aux conséquences négatives sont toutes celles qui vont à l’encontre de ce qui précède, mais aussi celles qui sont motivées par le fruit qu’elles porteront et non pour elles-mêmes.

L’acte, le karman, est donc une donnée incontournable de notre condition à laquelle nous ne pouvons nous soustraire. Sa polarité positive ou négative tient à l’intention de son auteur vis-à-vis de ses fruits : aider les autres par bonté d’âme est un acte positif « pur » ; aider les autres pour en tirer gloriole ou se faire bien voir est un acte positif « impur » : certes les autres auront été aidés, mais l’acte d’aider aura été pollué par le gain personnel que son auteur en aura attendu. Attention aussi à ne pas tomber dans une comptabilité mécanique de nos actions dans le but d’atteindre un solde positif au terme de notre vie terrestre : ce serait « bien » agir par intérêt.

De ce fait, le karman nous enchaîne au cycle des renaissances : tant qu’il existe en nous des sédiments, négatifs mais aussi positifs, nous nous réincarnons afin de les dissoudre et d’atteindre un état de conscience totalement « vierge » où notre conscience pourra s’absorber dans la félicité de la Conscience source (inutile de dire que cela peut prendre un certain temps !) D’un autre côté, si le cycle des renaissances est une contrainte, puisqu’il nous renvoie sans cesse à la souffrance liée à nos limitations, il est aussi une opportunité « d’auto-rédemption ». En ce sens, nos actions mal avisées, intéressées ou hostiles ne nous condamnent pas à une punition éternelle. L’incarnation suivante nous donne l’occasion de comprendre nos erreurs et de ne pas les reproduire et peut-être même de les réparer. La seule punition est de ne pas profiter de cette opportunité en demeurant dans l’ignorance et l’aveuglement…. et nous nous l’infligeons à nous-mêmes. Et la récompense, c’est d’avancer un peu plus vers la lumière, vie après vie.

Ce point de vue très exigeant nous impose d’être en permanence attentifs aux véritables motifs de nos actions, à braquer sur nos actes les pleins phares de la Conscience, à ne pas être dupes de nos petits arrangements avec nous-mêmes, à assumer les conséquences de nos actes. Il nous engage à nous laisser guider par notre maître intérieur plutôt que par nos démons. Il constate l’inéluctabilité de l’acte et de ses conséquences mais donne aussi les moyens de la transcender à celui qui veut bien vivre les yeux ouverts.

(à suivre)

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