iṣṭadevatā

Publié le par Jyoti

L'un des aspects de l'hindouisme qui m'a toujours plu est celui d'iṣṭadevatā, c'est-à-dire de « déité désirée/aimée/respectée », à laquelle on s'associe soit selon son cœur, soit selon des considérations astrologiques.  C'est vers elle que l'on se tourne, elle qui peut nous servir de modèle ou se manifester sous la forme de notre maître intérieur.

Sans surprise, la mienne est Śiva sous ses aspects yogin et guerrier, violent et bénéfique, agent de destruction et de renaissance. Même si je ne suis pas insensible à sa représentation physique, je ne suis pas douée pour la dévotion et l'adoration des statues. Pour moi, il est plutôt un aspect de l'énergie une avec laquelle je me sens en résonance.

Sauf que tout ça était très intellectuel jusqu'à ce que je prenne conscience que je n'intégrais pas ce ressenti à ma vie.

Si l'iṣṭadevatā est un refuge et un guide, pourquoi avoir oublié de me tourner vers lui pendant ces deux dernières années de balançoire émotionnelle ? Pourquoi continuer à retourner dans ma plaie le couteau aux deux lames bien affûtées de la culpabilité et du regret et la brûler au sel des moments de profonde entente et de partage qui ont tissé ces 32 années de vie ?

L'évidence : parce que tant que ça fait mal, ça existe et que nous sommes nos propres bourreaux. Parce que nous naissons aveugles et que même si nous parvenons à faire tomber quelques écailles, nous sommes maîtres dans l'art de les faire repousser.

Ce que j'aimerais recevoir de Śiva face à cette situation, c'est la capacité à percevoir cette relation du passé comme un tout unifié et harmonieux dans ses tensions et ses contradictions mêmes, expurgé des interprétations nées d'émotions incontrôlées, condensé dans son essence. Comme une bulle de savon iridescente que je regarderais monter vers le ciel, assise en paix aux côtés du Maître du temps, dans l’interstice entre ce qui a été et ce qui sera.

Êtres fragiles et empêtrés, nous passons le plus clair de nos vies à nous ensanglanter les pieds sur les cailloux dont nous avons parsemé notre chemin, à nous torturer pour des illusions éphémères et à oublier la transcendance de notre véritable nature.

Que faire puisque, comme nous tous, je suis condamnée à ne savoir qu'agir ? Me souvenant d'Abhinavagupta, je répondrai « rien » si ce n'est me rappeler à moi-même l'essentiel à travers ce mot, « Śiva », le laisser faire son chemin dans mes profondeurs et m'efforcer de chérir l'instant.

 

 

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