Dans la bulle

Publié le par Jyoti

18e jour de retraite et déjà le temps et l'espace ont changé. Il y a une différence entre ne pas avoir envie de sortir et ne pas être autorisé à sortir. Personnellement, je pratique de bon gré l'auto-confinement en temps ordinaire, donc de ce point de vue pas grand chose de différent dans ma vie.

Si ce n'est...

Les notions de temps et d'espace ont subtilement changé. Sans obligations extérieures, ni possibilité de réaliser un quelconque projet avant une durée indéfinie, la notion de temps n'a plus beaucoup de sens et nous revenons aux basiques : le jour et la nuit, les heures de repas. Et encore... Maintenant mes journées commencent à 10h et se terminent à 1h30 du matin et les repas ne cessent de se décaler. En vérité peu importe le nouveau rythme qui s'est installé, ce n'est que pure convention entre moi et moi. Cet agréable étirement du temps s'accompagne d'une non-obligation de résultat qui me rend paresseuse : je continue à travailler le sanskrit, le hindi et le coréen, plus une traduction personnelle et parfois même un job professionnel (et, bien sûr, à me délecter de mes séries xinxia), mais avec dans la tête : ce qui n'est pas fait aujourd'hui le sera demain, ou demain, ou demain. Le futur a perdu de son énergie d'appel. Chaque jour est devenu (enfin ?) un présent. Blocs de présent qui se succèdent... La métaphysique en action ! Je suis vaguement curieuse de voir ce que donnera la "normalité" à laquelle nous reviendrons tôt ou tard. Seulement vaguement. Je ne suis pas sûre en cet instant d'avoir très envie de quitter cette vie confortablement monacale. On verra !

L'espace lui aussi a changé et ne sait plus trop où il en est : d'un côté, il faut augmenter la distance entre les autres et soi-même (difficile, on  le voit dans les queues à l'entrée des magasins) et de l'autre il faut la réduire en restant chez soi. Il doit être à la fois plus grand et plus petit. L'espace est devenu élastique, dans des limites réduites cependant. Un peu comme si nous vivions dans une bulle relativement extensible. J'imagine que pour certains cette contrainte à la liberté de mouvement doit être difficile à vivre. Heureusement, pour moi qui vit beaucoup dans ma tête, ce n'est pas très gênant. Pour le moment ceci dit, car il y a quand même plusieurs choses à faire à l'extérieur que je n'aimerais pas voir capoter dans les mois à venir !

Patience et longueur de temps, faire contre mauvaise fortune bon cœur, remettre ses pendules à l'heure.... À chacun de voir.

Mais peut-être et aussi surtout saisir l'occasion de prendre conscience que le temps n'existe pas pour notre âme immortelle et que notre espace intérieur ne connaît pas de limite.

 

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