Les ciseaux et le crocodile

Publié le par Jyoti

Une amie m'a récemment parlé d'une méthode, que j'ai trouvé amusante et intéressante, pour se libérer des liens affectifs sous-jacents sources de blocage ou de désagréments divers. Je n'entrerai pas dans les détails, mais à la fin on ne brûle pas, on prend une paire de ciseaux et on coupe.

Certainement efficace, cette méthode me paraît malgré tout un peu brutale. Je reconnais que la brutalité peut s'avérer justifiée quand les liens étouffent ou font stagner, mais je ne me trouve pas dans cette situation.

Le lien fort qui me reste, je n'ai pas envie de le rompre, même s'il me fait monter les larmes aux yeux aux moments les plus inattendus, pour ne pas dire incongrus. Il est comme un fil de toile d'araignée : fin, translucide, solide. Je ne suis même plus certaine de ce à quoi il me relie vraiment, mais une chose est sûre : je ne souhaite pas qu'il disparaisse. Tout au moins, pas tout de suite. Sans doute parce que je crains de me retrouver comme un ballon qu'on a lâché. J'attends simplement qu'il se délite de lui-même, avec le temps. Après tout, les toiles d'araignée ne résistent pas éternellement aux intempéries !

Et puis pleurer, finalement, ce n'est pas si terrible. Chansons, films, séries, histoires... j'ai toujours pleuré comme une madeleine. Il paraît que c'est une bonne chose parce que ça veut dire qu'on est capable d'empathie. En tout cas, c'est sûrement une bonne chose pour les fabricants de mouchoirs en papier !

Depuis deux ans, pendant lesquels j'ai dû pleurer plusieurs rivières, je m'interroge : à quoi servent les larmes ? Je ne suis ni mieux, ni plus mal après. Et la constatation honnête s'impose : c'est sur moi que je pleure, comme l'enfant qui a cassé son jouet. Mais pourquoi ? Certes, j'ai perdu, mais j'ai gagné aussi. Et K. a fait le bon choix en quittant une vie indigne de lui. Des fois, en réalisant certaines choses, je me demande si son départ n'a pas réactivé une mémoire de tristesse très ancienne, trace, pourquoi pas, d'une vie antérieure.

Questions vaines dont les réponses ne changeraient rien à l'ici et maintenant. Tant pis. Comme je n'ai pas l'intention d'affûter pas mes ciseaux, j'aurai probablement encore besoin d'un budget Kleenex un certain temps !

Publié dans Mood

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