Bodhapañcadaśikā d'Abhinavagupta (1)

Publié le par Jyoti

En toute humilité, je propose ma traduction de ce petit texte d'Abhinavagupta, qui présente de façon concise les concepts de base du Shivaïsme de l'école Trika, avec des observations de mon cru.

Quinze stances sur la Conscience et l'éveil

1-2.
Rayonnement éternel animant la clarté comme l'obscurité, unique, il réside au plus profond de toute chose. Lumière et ténèbres à la fois, il est le Seigneur suprême, nature intrinsèque de tout ce qui existe. De son énergie divine, maîtresse de la manifestation, naissent les êtres vivants.

Lumière et obscurité extérieures résident dans la suprême lumière : Śiva, la Conscience divine. Le monde extérieur n'est que l'expansion de Son énergie (śakti).

3.
Et Śakti, son énergie, ne désire pas se séparer de Lui. Leur nature est éternellement identique, comme le sont le feu et sa chaleur.

Śiva et l'univers sont interconnectés et indissociables. La véritable nature de la réalité est une et indivisible.

4.
En vérité, Il est Bhairava, le substrat du monde, et Son énergie réfléchit l'intégralité de l'univers dans Sa propre nature.

Śiva crée, maintient et détruit l'univers. Il n'existe pas de différence entre l'univers et son créateur, contrairement à la naissance humaine où la femme et son enfant se différencient l'un de l'autre. Le monde n'est pas expulsé de et par son créateur, il est reflet dans le miroir pur de la Conscience divine.

5.
Sa suprême énergie apprécie de jouir de Son essence. Grâce à elle, tous les êtres connaissent la juste complétude.

Śakti, ou en d'autres termes, la manifestation, relève de l'essence de Śiva, puisqu'elle en émane. Il s'ensuit donc qu'elle est par nature complète, c'est-à-dire une et indivisible. Les êtres ne sont pas plus ou moins complets : lorsqu'ils prennent conscience de la réalité de la primauté de la Conscience divine, ils ouvrent les yeux et réalisent que la complétude a toujours été là.

6.
Goûtant éternellement au plaisir de jouer avec la Déesse, le Seigneur procède simultanément à diverses formes de création et de destruction.

Śiva joue à se voiler et à se dévoiler à l'univers (la Déesse, Śakti). Dans une Conscience une, la création et la destruction de tout ce qui existe (et n'existe pas) interviennent simultanément puisqu'elle ignore le fractionnement. La linéarité est une illusion née de l'ignorance. 

7.
Ces actions insurpassables d'une extrême difficulté qu'il est le seul à pouvoir accomplir sont l'expression de Sa liberté et de Sa suprématie ainsi que la manifestation de Sa Conscience.

Śiva lorsqu'il crée et devient Conscience en action est capable de se déconnecter de lui-même et de devenir inerte comme une pierre, par exemple. Son absolue liberté intrinsèque le lui permet : il peut choisir de masquer totalement sa véritable nature, de la révéler de façon limitée ou totalement. Mais cette véritable nature demeure inchangée puisqu'elle est l'essence et le substrat de toutes choses et qu'il est l'unique Réalité.

8.
En vérité, ce qui est inerte se caractérise par une expansion limitée [de la conscience]. La Conscience, qui ne peut être contenue dans des limites, diffère en ce sens de l'inertie.

La différence (apparente) entre la Conscience et le monde manifesté "inerte" n'est pas de nature mais de degré. Le monde "inerte" est confiné par le temps et l'espace, qui sont eux-mêmes un aspect du jeu de la Conscience, alors que la Conscience existe en permanence partout et en tout simultanément. Pour celui dont les yeux sont décillés, les limites s'évanouissent et seule rayonne la Conscience dans toute sa gloire.

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