Allégeance du cœur

Publié le par Jyoti

Comment tu t'appelles ? Nous répondons à cette question des milliers de fois dans notre vie sans nous poser de question. Mais quand la mort dé-marie une femme, quel est son nom ? Son patronyme ou son nom d'épouse ? Question probablement futile pour beaucoup de gens, mais sujet de réflexion pour moi depuis que j'ai décidé de renouveler mes papiers d'identité.

Même si j'ignore quasiment tout de ma lignée, mon patronyme m'y rattache et c'est avec lui que je me suis forgé ma première identité sociale. Mon nom d'épouse quant à lui a été un choix (la loi ne nous contraint pas à l'adopter) : j'aimais l'idée de porter un nom étranger et d'accrocher ainsi visiblement mes wagons à une famille et un homme d'origine et de culture différentes des miennes. Aujourd'hui sa trace s'est effacée de la société et le contrat qui nous liait s'est dissout.

Alors, que faire ? Ne garder que mon nom de jeune fille me semble juste dans cette vie où nous ne marcherons plus jamais ensemble. Mais supprimer son nom de mes papiers (il n'est pas question pour moi d'accepter la mention "veuve xxx") n'est pas facile, car c'est une autre façon de tourner la page qui me donne mauvaise conscience. Je me rends compte que l'adoption de ce nom était une forme d'allégeance et que son abandon me dévêt, sans certitude que le nom qui me relie à ma vie antérieure m'aille encore.

J'ai tranché : officiellement, il n'y aura ni épouse, ni veuve, simplement un nom de naissance (re-naissance ?) qui sonne comme une page vierge et avec lequel je vais devoir me familiariser à nouveau. Officieusement, je continuerai à accoler nos deux noms et dans quelques années, tout cela n'aura probablement plus d'importance. Parce que, finalement, tout comme notre véritable identité est étrangère aux documents officiels, la véritable allégeance est celle du cœur et celle-là durera jusqu'à ce que sonne mon heure.

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