Autour du Rāmāyana - La parole donnée

Publié le par Jyoti

Si tout le monde convient aujourd'hui que les animaux et les végétaux possèdent une forme ou une autre de moyen de communication, le langage humain demeure un véhicule unique en son genre.

Sur le plan métaphysique, la vibration pure de la parole symbolisée par la déesse Vac (ou Vak), donne naissance au monde manifesté, au même titre que les phonèmes sanskrits frappés par Siva sur son tambourin. Une fois celle-ci ralentie et épaissie en langage, les mots donnent une existence matérielle au monde en nous permettant de décrire ce qui nous entoure et  d'exprimer nos expériences, nos idées, nos sentiments, nos émotions. Les mots ont un pouvoir que tout le monde connaît : ils blessent autant qu'ils guérissent. Devenus mantra ou sort, ils peuvent agir sur le monde et les hommes et en changer la fortune.

Issu d'une culture orale, le Rāmāyaṇa insiste en permanence sur le poids de la parole donnée. C'est pour tenir une promesse faite (et oubliée) par son père que Rāma part pour l'exil de 14 années qui marque le début de l'accomplissement de son destin. Afin de récompenser les exploits ascétiques des uns et des autres, les dieux ne distribuent pas d'objets, mais accordent des vœux. Rāma et son frère Lakṣmaṇa sont ainsi furieux contre le roi des singes Sugrīva, qui a oublié sa promesse de les aider à retrouver Sitā.

Quel rapport avec nous aujourd'hui ? Les professionnels de la propagande, commerciale ou politique, n'hésitent pas à tenter de manipuler nos perceptions et nos opinions avec leurs slogans et leurs déclarations. Chacun connaît le poids des mots,  mais repoussée au second plan par les images, la parole a perdu de sa solennité. Jugée moins fiable que l'écrit, qui reste alors qu'elle s'envole dit le dicton, elle est devenue un outil parmi d'autres, que nous avons tous tendance à utiliser à tort et à travers et à plus ou moins bon escient.

Il fut un temps où, soulignée par le geste (« tope-là »), elle était engagement et se suffisait à elle-même. Aujourd'hui, elle semble perdre de plus en plus de crédibilité : entre « fake news » et promesses non tenues tous azimuts, Vac a perdu de sa superbe. 

Je trouve que c'est dommage. Il y avait de la noblesse à donner sa parole et à la tenir et cela nécessitait une exigence vis-à-vis de soi-même et un respect de l'autre que nous avons peut-être eu tort de traiter à la légère au fil du temps.

Mais j'idéalise sans doute : après tout, nos lointains ancêtres étaient probablement aussi peu vertueux que nous pour avoir jugé bon de concevoir une œuvre que l'on peut appréhender également comme un manuel de bonne conduite sociale.

N'oublions pas pour autant que « la parole est d'or » : les mots ont une valeur, ils éclairent en donnant du sens, ils réchauffent en exprimant des sentiments positifs, ils établissent des liens entre les êtres. Ils méritent le respect.

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