Coloriage

Publié le par Jyoti

Rencontre, lecture, relations, obligations... À l'instar des images d'un album de coloriage, la qualité intrinsèque des événements que nous rencontrons au fil de notre vie est neutre. Leur qualification positive ou négative est la couleur que nous leur assignons au moment où ils se produisent.

Ainsi, selon les circonstances une même situation pourra être envisagée sous un angle différent. Une rupture affective ou professionnelle sera colorée en noir si nous ne l'avons pas vue venir ou bien si nous nous sentons remis en question ou trahis. Elle vibrera de couleurs vives si nous n'attendions que ce prétexte pour passer à autre chose. Accablement ou soulagement, c'est notre attitude qui aura fait pencher la balance dans un sens ou dans l'autre, pas la situation elle-même.

Autre situation souvent anxiogène : les résultats d'un examen, de quelque nature que ce soit. En eux-mêmes, les résultats ne sont qu'un ensemble de faits : j'ai répondu à des questions ou mon sang a été soumis à des tests. Ils vont me dire si je suis admise et si je suis en bonne santé... ou pas. Dans les deux cas, il y aura des solutions objectives si les résultats ne correspondent pas à nos attentes : changer d'orientation, remédier à nos lacunes, nous soigner.

Si nous sommes majoritairement incapables d'aborder ces situations avec équanimité, c'est en général parce qu'elles font apparaître en creux nos zones d'ombre et nos doutes à notre propre égard : manque de confiance dans nos capacités, peur de l'échec, de la mort, du regard des autres, etc.

Mais l'ultra optimisme est tout aussi redoutable : trop vives, les couleurs nous aveuglent et faussent notre appréciation de la situation. C'est le cas notamment des propositions alléchantes qui appuient sur des boutons dont il serait utile de comprendre l'attrait irrépressible. Ou bien des visions angélistes qui obscurcissent notre jugement.

Et puis il y a aussi les personnes dont la vision globale de la vie est systématiquement sombre : « tous pourris », la planète se meurt et l'espèce humaine avec, le monde est trop mauvais pour y faire naître des enfants, etc. Elles justifient souvent leurs propos par des données « objectives » tirées de leurs lectures ou de ce qu'elles entendent/voient dans les médias et rejettent systématiquement ce qui ne va pas dans leur sens (j'en connais !). À les croire, le noir n'est jamais assez noir. Même les moments heureux de leur vie ne semblent jamais contenir assez de lumière pour éclaircir le tableau.

Si la pratique du coloriage apparaît indissociable de notre condition, nous pouvons néanmoins faire en sorte qu'il ne s'agisse pas d'un automatisme nous maintenant dans un état infantile de notre être et prendre conscience des raisons qui nous poussent vers une palette plutôt qu'une autre.

Nous avons le pouvoir de choisir délibérément les couleurs que nous appliquons aux événements qui jalonnent notre vie, notamment ceux que nous percevons comme négatifs. Au moment de tremper mécaniquement le pinceau dans une teinte sombre, tentons le petit pas en retrait qui ouvrira notre champ de vision et nous incitera à sélectionner la polychromie d'une appréhension équilibrée et la plus harmonieuse possible de toutes les facettes de notre existence.

 

 

 

 

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