Seconde pleine lune de janvier : sous le signe des serpents

Publié le par Jyoti

La seconde pleine lune du mois a eu lieu ce jour, 31 janvier 2018, à 14h27. Elle a été remarquable à plusieurs titres : sa très grande proximité de la Terre, qui ne sera pas égalée pendant le reste de l’année, sa conjonction à une éclipse due à l’interposition de la Terre entre la Lune et le Soleil, qui lui a donné une couleur rouge sang, et le fait qu’il s’agisse d’une seconde pleine lune le même mois, qui lui vaut son qualificatif de « bleue »*. La combinaison de ces trois phénomènes ne s’était pas produite depuis 1866. Nous n'avons pas pu l’observer puisque l’événement s'est déroulé pour nous dans l’après-midi, mais son influence a néanmoins été puissante et ses effets seront durables.

Cette pleine lune se situe dans le nakṣatra Āśleṣā (« contact intime, enlacement »), constitué de cinq étoiles appartenant à la constellation de l’Hydre et s’étendant de 16°40’ dans le signe du Cancer à 0°00 dans celui du Lion, régi par la planète neutre Mercure et les Nāga, les démons-serpents qui règnent sur un fabuleux et immense royaume souterrain.

De l’énergie vibratoire de cette pleine lune se dégagent deux tendances majeures : occultation (double pour nous) et omniprésence de la symbolique du serpent, à la fois en raison de ses régents, de la présence de Rāhu, le faiseur d’éclipses dévoreur de lumière et de la constellation de l’Hydre, créature de la mythologie grecque dotée d’un corps de dragon et de plusieurs têtes.

Les serpents jouent un rôle majeur dans toutes les traditions**.  Symboles de l’énergie vitale dans toute sa puissance indomptée, ils sont étroitement liés au monde des profondeurs au sens propre et figuré. Ils nous fascinent et nous effraient par tout ce qui les distingue de nous, dont la pseudo immortalité que leur confère la mue. Qu’ils étreignent, hypnotisent ou mordent leur proie, ils savent nous donner le sentiment terrifiant d’être à leur merci.

Créatures ambivalentes et ambigües, s’ils ont le pouvoir de tuer, ils possèdent aussi celui de guérir à condition de savoir doser convenablement leur venin.  A priori ennemis des dieux, les Asura, catégorie à laquelle appartiennent les démons-serpents, peuvent parfois aussi être leurs amis, car ce qui les distingue d’eux est avant tout leur attachement au matériel, aux plaisirs et aux désirs. S’ils cherchent à s’emparer de l’amṛta, la boisson d’immortalité**, ce n’est pas pour le bien du monde, mais pour leur jouissance personnelle.

À travers cette évocation symbolique de notre psychisme, c'est à notre propre ambivalence que nous confronte de plein fouet cette pleine lune. Les strates composées des résidus de nos expériences et de nos actions passées, de nos émotions et de nos sentiments refoulés mais aussi de la mémoire atavique de l’espèce qui forment notre subconscient sont en mesure de distiller, à l’instar des serpents,  le poison insidieux du doute, de l’aveuglement, du manque de confiance en soi, de la peur. Redoutant de nous confronter à nos démons, nous préférons les occulter et, la conscience éclipsée par le déni, prétendre qu’ils n’existent pas alors qu’ils nous rongent de l’intérieur.

Mais la lumière de la Lune n’a pas complètement disparu, elle a changé de couleur, autrement dit d’intensité vibratoire, nous permettant de distinguer, même faiblement, la source de nos maux et d’y remédier, si nous le voulons bien. Car ce qui nous est offert par cette pleine lune, c’est la possibilité de choisir de transformer nos démons en dieux, autrement dit de convertir nos faiblesses en forces en ayant le courage de percer l’obscurité, quelle qu'en soit l'épaisseur, où elles se tapissent.

C’est aussi l’occasion de réaliser la puissance indomptable de notre propre force vitale et de comprendre que, tout comme les serpents muent, nous pouvons nous réinventer. Et que tout comme ils sont capables de se dresser sur leur queue pour imposer d'un regard leur volonté à leur proie, nous sommes capables de regarder en face la vie que nous voulons pour nous mêmes et de faire le nécessaire pour l'obtenir.

N’oublions pas par ailleurs qu’Āśleṣā est de nature sattvique : l’objectif ici est aussi de rappeler qu’il faut passer par l’ombre pour parvenir à la lumière et qu’en progressant vers la pleine connaissance de soi, nous avançons sur la voie de la libération, qui est connaissance du Soi.

L’arcane qui accompagne cette pleine lune est le Chariot (7). De façon intéressante, cette lame est associée au signe du Cancer, tout comme Āśleṣā, et le chiffre 7 indique, entre autre, le changement après un cycle accompli, un renouvellement positif et la totalité de l’espace, du temps et de l’univers en mouvement. Le Chariot est également celui qui transporte l’influence des plans supérieurs vers les plans inférieurs. A la fois le « dessus » et le « dessous », il est maîtrise parfaite sur plus d’un plan d’existence. Jouant le rôle d’intermédiaire, il est aussi le chemin d’introduction au Soi suprême. Son énergie confirme et renforce donc la visée mystique ultime de cette pleine lune et le rôle d’agents de transformation fondamentale que jouent les serpents, nos démons personnels, pour ceux qui ne se laissent pas impressionner par leurs crocs et leurs sifflements.


* En référence à l’expression anglaise « once in a blue moon », signifiant très rarement.
** Exemples familiers pour nous : le serpent de l'arbre de la connaissance du bien et du mal et celui du bâton d'Esculape.
**Le mot sanskrit a-mṛta = qui empêche de mourir, signifie aussi antidote à un poison…

Ressources :
- The Qabalistic Tarot – A textbook of mystical philosophy, Robert Wang, Marcus Aurelius Press
- Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Robert Laffont/Jupiter
- Mythes et dieux de l’Inde, Alain Daniélou, Éditions Flammarion

 

Publié dans Astrologie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article