Histoire de Sâvitrî

Publié le par Jyoti

Il y a fort longtemps, un roi vertueux et juste, fidèle à sa parole et maître de ses passions répondant au nom d'Aśvapati régnait sur le royaume de Madra. En dépit de ses mérites, il avait atteint un âge avancé sans obtenir de descendance. Pour remédier à cette situation, il se livra pendant 18 ans à une ascèse extrêmement rigoureuse, récitant notamment cent mille fois la prière sāvitrī. Au bout de ce laps de temps, la déesse Sāvitrī, satisfaite de sa pureté, de sa discipline et de son adoration pour elle, lui accorda un vœu. Aśvapati lui demanda de nombreux enfants qui fondent sa lignée. Ayant anticipé ce désir, la déesse avait déjà demandé à son époux Brahmā de lui faire naître une fille d'une grande beauté.

Quelque temps plus tard, sa première épouse tomba effectivement enceinte et au bout de neuf mois leur naquit une fille aux yeux de lotus qui fut nommée Sāvitrī en hommage à la déesse à laquelle elle devait sa naissance.

Le temps passa et la jeune fille acquit un éclat digne d'une déesse, mais sa beauté flamboyante impressionnait tellement les possibles prétendants que nul ne la demandait en mariage. Après avoir jeûné et s'être purifiée, elle se rendit auprès de son père, qui désolé de la voir sans époux, lui enjoignit de partir à la recherche de l'homme de son choix. Montée sur un char d'or et accompagnée d'une nombreuse escorte, elle parcourut tous les ermitages et les lieux saints.

Lorsqu'elle revint enfin, son choix s'était fixé sur un jeune homme du nom de Satyavant, fils de Dyumatsena, roi des Śālva qui, devenu aveugle, avait perdu son royaume dont s'était emparé un voisin. Le roi, son épouse et son fils étaient partis vivre dans un ermitage. Malheureusement, ce jeune homme beau, pacifique, doux, bienveillant, modeste et résolu, cité en exemple par tous les gens de bien, était promis à la mort dans un an jour pour jour. Cette nouvelle ne découragea cependant pas la jeune fille, qui tenait à demeurer fidèle à son engagement.

Une fois le mariage célébré, Sāvitrī renonça à sa vie de princesse et partit vivre dans la forêt avec son époux et ses beaux-parents, qu'elle enchantait par ses marques de respect, son affection, sa piété, son calme. Mais en son for intérieur, elle ne cessait de penser au sort funeste prédit à son mari.

Quatre jours avant la date fatidique, elle fit le vœu de rester debout sans bouger pendant trois jours et trois nuits. Le jour venu, voyant son mari partir dans la forêt afin de couper du bois pour le feu sacrificiel, elle insista pour l'accompagner. Tout se passait pour le mieux lorsque Satyavant, forçant pour casser une branche, ressentit une violente douleur à la tête et une grande fatigue. Alors Sāvitrī s'élança vers lui, s'assit sur le sol et l'allongea, la tête sur ses genoux, comprenant que le moment tant redouté était venu.

Aussitôt apparut à côté de Satyavant un bel homme vêtu de jaune, à la peau d'un noir luisant et aux yeux rouges, qui tenait des liens à la main. C'était Yama, le roi des morts. Sans ménagement, il retira du corps de Satyavant un homoncule de la taille d'un pouce qu'il manœuvrait avec ses liens, tel une marionnette. Yama prit le chemin de son royaume, mais Sāvitrī, ne l'entendant pas de cette oreille, lui emboîta le pas. Pour tenter de s'en débarrasser, car les vivants n'ont pas leur place au royaume des morts, Yama lui accorda successivement quatre vœux. Mais rien n'y fit, elle persistait à le suivre. Argumentant pied à pied, mettant en avant son amour et sa fidélité à son époux, mais tenant aussi des propos d'une grande piété et d'une grande intelligence, elle finit pas convaincre Yama de lui accorder ce qu'elle demandait depuis le début : que son époux revive.

Une fois son vœu exaucé, Satyavant et Sāvitrī reprirent le chemin de l'ermitage, où Dyumatsena avait recouvré la vue. Il récupéra son royaume et tous les protagonistes vécurent longtemps dans la prospérité, entourés d'une nombreuse progéniture.

Source : Le Mahābhārata, tome II, Le livre de la Forêt, traduit par Gilles Schaufelberger et Guy Vincent, éditions Orizons

Cette belle histoire riche de sens m'a inspiré quelques réflexions que je vous invite à lire ici.

Publié dans Mahâbhârata

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