Ouvrir la cage

Publié le par Jyoti

Dans les années 60, Malvina Reynolds et ses "Little boxes" dénonçaient le formatage social. Dans les années 70, Pierre Perret invitait à ouvrir la cage aux oiseaux. Certains d'entre vous s'en souviennent peut-être.

Assignés à résidence dans un corps qui conditionne notre perception du monde, chacun de nous est une petite boîte pas si différente de celle d'à côté, même si nos façades n'ont pas la même couleur. En plus, comme dit la fameuse sagesse populaire, qui se ressemble s'assemble. Alors nous constituons des villages avec d'autres petites boîtes qui partagent nos idées, nos valeurs, nos activités.

Mais il n'y a pas que les boîtes, il y aussi les cages. Des cages dont nous forgeons docilement les barreaux au fil du temps sous la dictature d'un psycho-mental dont nous remettons rarement l'autorité en doute. Chez certains, les barreaux sont même si serrés que le paysage extérieur en vient à se déformer et même à disparaître. 

Bien souvent, les gens qui se plaignent de leur vie ne réalisent pas qu'ils sont leur propre geôlier. Ils sont tellement habitués aux barreaux qu'ils ne les voient même plus. Comment pourraient-ils scier ce qui est devenu une seconde nature, ce qu'ils considèrent comme une réalité inébranlable, une partie d'eux-mêmes ? Alors, c'est la faute des autres ou la faute à pas de chance.

La litanie des barreaux, nous l'entonnons tous à un moment ou à un autre : "je n'en suis pas capable", "ça n'est pas pour moi", "je n'y arriverai jamais", "c'est trop tard", "je n'ai plus l'âge", "ça ne vaut pas le coup", "ça ne se fait pas", "qu'est-ce qu'on va penser ?", etc., sur fond ô combien discret de "je n'ai pas confiance en moi", "je ne m'estime pas", "je ne m'aime pas", "j'ignore qui je suis".

Enfermés à double tour dans notre cage intérieure bien encadrée par les parois de notre petite boîte sociale, nous nous étiolons, nous devenons tout étriqués, nous rétrécissons encore plus le champ d'action déjà limité que nous alloue notre nature d'êtres incarnés.

Les cages et les boîtes n'existent le plus souvent que parce que nous le voulons bien. Les limites sont certes notre lot incontournable, mais doivent-elles nous étouffer ou nous inciter à les repousser, à chercher à voir au-delà ?

Quelque part dans un coin obscur de la cage dort un oiseau. De temps en temps, il pépie ou bat doucement des ailes dans son sommeil et un barreau disparaît. Il attend patiemment pour s'éveiller que notre espace intérieur s'élargisse suffisamment pour qu'il puisse s'élancer vers la lumière sans limite, dispersant cage et boîte dans le souffle doux et puissant de son envol. Il n'est pas pressé. Il a toute l'éternité devant lui.

Pourtant, il ne tient qu'à nous d'accélérer son éveil : nous détenons la clé de la cage. Oublions un instant d'être notre propre juge et notre propre geôlier. Autorisons-nous à nous aimer et à déployer audacieusement nos ailes !

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