Blancs

Publié le par Jyoti

Je ne sais pas si cela vous arrive aussi, mais surviennent de temps à autre dans ma vie des périodes "blanches" où tout se fige.

Depuis quelques jours, c'est le cas : on dirait que le givre matinal qui décore les champs et les jardins a gelé mon environnement. Les projets stagnent, les messages restent sans réponse.

Ces périodes entre parenthèses, pendant lesquelles le monde semble retenir son souffle, généraient chez moi dans le passé une sorte d'angoisse du vide à l'odeur d'abandon. Entièrement investie dans l'action, je vivais cette "inaction" comme un déni de mon existence.

Aujourd'hui où je commence à savourer la vie à petites bouchées - un croissant de lune dans le ciel pur, le soleil qui illumine le brouillard, le ciel à perte de vue, les arbres inclinés en tunnel au-dessus de la route, l'horizon, les états d'une nature loin d'être moribonde -, je m'en amuse. Le temps m'a appris que tous ces moments d'anxiété n'étaient que les inventions d'un esprit enfermé dans ses propres barrières. Si sombres et denses qu'ils aient pu paraître, ils n'étaient en vérité que fumée.

Je sens que je lâche prise. Doucement, comme des coutures qui cèdent. Et les pans plus ou moins disparates qu'elles semblaient assembler se fondent peu à peu en un tissu intérieur unifié, souple et solide. J'accueille désormais ces "blancs" avec plaisir, comme des cadeaux. Des moments à goûter, succulents, où faire ou ne pas faire est sans importance.

Nous vivons souvent la suspension de l'action comme un vide prêt à nous engloutir, alors qu'elle nous donne l'occasion de réaliser à quel point l'action nous enchaîne à l'action et à son cortège d'espoirs, de regrets, d'envies, d'inquiétudes, de désirs, d'émotions enchevêtrées. Notre habileté à nous masquer à nous-mêmes et à dresser sans cesse des obstacles imaginaires sur notre route (ou à transformer les cailloux en montagnes infranchissables) est un sujet de perpétuel étonnement.

Lorsque rien ne se passe, attendons que la machine se remette en marche (elle le fait toujours, parfois même à notre grand regret !) et profitons de ces moments suspendus, de ces moments de grâce, sans nous poser de questions et en remerciant l'univers de nous les offrir.

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