Sacrifice

Publié le par Jyoti

Sacrifice

« Jadis Prajâpati engendra les créatures de concert avec le sacrifice. […] Par lui gratifiez les dieux et ils vous gratifieront en retour. […] Nourris par le sacrifice, les dieux vous procureront les jouissances que vous souhaitez. Celui qui jouit de leurs dons sans rien leur donner en retour est un voleur » - Bhagavad gītā, 3.10, 11 et 12 (traduction Emile Sénart et Michel Hulin)

Voici posé en quelques phrases l’archétype d’une relation harmonieuse avec notre entourage : l’échange de bons procédés, qui fonde le bon fonctionnement du monde sur le don et la réciprocité.

Nous avons souvent tendance à négliger l’aspect échange du sacrifice pour n’en garder que l’aspect perte douloureuse. Le sacrifice est en effet une renonciation. Nous séparer de quelque chose est toujours difficile, mais en plus il s’agit là d’abandonner quelque chose de valeur. Car, comme le remarque Nachiketa dans la Katha upanishad, quel mérite à offrir des vaches trop âgées pour donner du lait ?

Le sacrifice apparaît ainsi comme une transaction basée sur la confiance dont le résultat escompté est la satisfaction mutuelle d’aspirations ou de besoins (tous les intéressés sont nourris, au sens propre et figuré). Comme l’indique son étymologie latine, il confère au don un caractère sacré.

C’est un dépassement, l’effacement de l’ego, la prise de conscience que pour gagner, il faut parfois perdre. Mais aussi la célébration de notre relation symbiotique avec tout ce qui nous entoure et du réseau de liens dont dépend notre survie. Il nécessite l’humilité de reconnaître que nous avons besoin des autres, des dieux certes, mais aussi des hommes.

Les autels sur lesquels nos sociétés « sacrifient » aujourd’hui ne sont plus guère éclairés par la lumière divine et la monnaie d’échange est systématiquement sonnante et trébuchante. Les espoirs de bienfaits de certains se limitent à souhaiter que leur smartphone, leur voiture ou leurs vacances soit à la hauteur des promesses de la publicité.

Éternellement acharnés à détruire l’ordre et l’harmonie du monde, les démons redoublent d’efforts et pervertissent l’idée de sacrifice par des actes qui nient l’échange, le don et la réciprocité et dont l’univers ne peut attendre nul bienfait.

Mais heureusement toute lumière n’est pas éteinte car la notion de sacrifice est profondément ancrée dans le psychisme collectif et conserve son véritable sens chez la majorité d’entre nous, même parfois à notre insu. Offrir un cadeau en échange d’un service. Faire passer l’intérêt de ses enfants avant les siens. Renoncer à une vie confortable pour se mettre au service d’autrui. Petit ou grand, le sacrifice sacralise nos actions et relègue l’ego au second plan.

La vérité du sacrifice n’est pas dans le spectaculaire et l’extrême. Elle est dans la pureté de l’intention. Elle est dans la joie que procure le renoncement au mépris des bénéfices personnels à en attendre.

Mais tous les renoncements ne sont pas des sacrifices, alors veillons à ne pas utiliser ce mot à tort et à travers et à en respecter le sens.

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