Tempus fugit

Publié le par Jyoti

Le concept de temps m’a toujours fascinée.

Au quotidien, notre rapport au temps a deux aspects : pragmatique et subjectif. Pragmatique dans l’organisation du quotidien (horaires, anniversaires, par exemple). Subjectif parce que sa perception fluctue en fonction des circonstances : il passe toujours trop vite ou trop lentement.

Nous le reconnaissons en nous par le vieillissement de nos cellules. Il est présent autour de nous par la rotation de la terre sur elle-même qui crée l’alternance du jour et de la nuit. Il s’invite en permanence dans notre langage. Nous ne pouvons y échapper. Il est indissociable de notre condition. Parce que nous ne percevons le monde qu’en trois dimensions, nous lui attribuons une existence linéaire. À notre niveau, elle l’est certainement. Mais avec d’autres lorgnettes ?

Pour l’hindouisme et le bouddhisme, le temps est cyclique. Dans la cosmogonie hindoue, la durée de l’univers est égale à la vie de Brahmā, le créateur, soit cent ans, autrement dit 311 040 milliards d’années humaines. Au bout de cette durée, Brahmā, les dieux et les sages, se résorbent en leurs éléments constitutifs. Vous êtes toujours là ? Je continue, en simplifiant. Au sein de cette durée se répètent plusieurs cycles de 4 320 000 années humaines, composés chacun de quatre âges d’une durée de plus en plus courte, allant du plus parfait, l’Âge d’or, au plus imparfait, l’Âge de la discorde (kali yuga) à l’issue duquel l’univers est consumé par le feu, à l’exception des dieux, des sages et des principes des éléments, avant d’être créé à nouveau. L’Âge de la discorde est le nôtre. Il a commencé il y a 3 000 ans. Il va donc falloir prendre notre mal en patience ! Heureusement, cette période douloureuse est celle où l’aspiration à la délivrance est la plus forte. D’où le côtoiement répété au fil des siècles des actes et des pensées les plus bas et les plus nobles.

Pour le shivaïsme tantrique non dualiste (n’ayez crainte, ça n’est pas contagieux et ça ne mord pas !), le temps se mesure par le souffle, en tant qu’énergie vitale et vibration première. Entre une inspiration et une expiration s’insère une jonction, un espace « crépusculaire » où le mouvement s’interrompt, créant dans cet interstice un vide où la durée n’est plus sensible. Je trouve cette idée merveilleuse. Imaginez-vous à cette jonction, délivrés de l’impermanence, en suspension dans l’éternité…

Pour la théorie de la relativité, l’espace et le temps sont indissociables et l’univers a quatre dimensions, dont seules trois nous sont accessibles. La gravité disparaît au profit d’une courbure de l’espace-temps. Plus on va loin dans l’espace, plus on recule dans le temps. Nous ne voyons que le sommet de l’iceberg et encore, que voyons-nous vraiment ?

Au final, le temps a-t-il une existence objective ? Pour nous au jour le jour, pour le scientifique et même pour Brahmā, le créateur, il semble que oui même sous des formes ô combien différentes. Mais sans nous pour le compter, sans le scientifique pour le conceptualiser, sans Brahmā pour le créer en s’éveillant et le détruire en s’endormant ?

Comme toute chose dans l’univers manifesté, le temps n’existe que par la conscience que l’on en a, à son propre niveau. Et le plus fantastique, c’est que tous les niveaux coexistent simultanément : nous comptons les heures de l’Âge de la discorde dans un univers à quatre dimensions (ou plus). Que nous le percevions sensoriellement ou non ne change rien à l’affaire. Mais détacher les yeux de notre nombril et nous ouvrir à la multiplicité sans perdre de vue l’unité, ça change tout !

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